• Pourquoi un modèle spécifique
• Les trois pôles de base
Le pole auteur
Le pole image
Le pole spectateur
• Les champs d’interférence
La technologie
Le langage
Les représentations
• Les contextes
Contexte de production
Contexte de réception
Contexte socio-culturel
• Schématisation
• Dérives
Dérive immanentiste
Dérive fonctionnaliste
Dérive créationniste
• Variantes de représentation
- partager, imprimer
Un modèle spécifique
La construction d’un modèle spécifique
nous est apparue indispensable pour répondre aux principaux
aspects qui nous semblent caractériser la situation actuelle :
C’est tout d’abord l’envahissante et insidieuse
emprise des approches qui se situent dans la mouvance du
fonctionnalisme, notamment depuis le développement des nouveaux
médias informatiques. Fondées sur l’empirisme, nous
leur reprochons surtout de consacrer l’offre et la demande (le
marché) comme mode de penser la communication. C’est
ensuite la domination croissante d’une certaine idéologie
de la communication, caractérisée par la recherche
d’un “tout communicant“ transparent et universel
(voir encadré ci-après). C’est enfin la
nécessité d’
en finir avec le modèle linéaire du petit télégraphiste,
modèle causal supposé apte à épurer les
“scories“ que la communication entre humains ne manque pas
de produire, modèle omniprésent dans les formations.
A l’opposé d’une description linéaire et
mécaniste du phénomène, nous proposons une
démarche pour traiter de sa complexité, et montrer que
rien, dans la communication, n’est jamais joué,
déterminé, fini... que causes et effets ne sont pas
obligatoirement saillants et encore moins mesurables et qu’il
convient davantage de
mettre à jour les actes et acteurs en présence à travers les relations qui les font co-exister.
Enfin, prendre en compte les
relations dialectiques
qui s’établissent entre les différents pôles
de la communication, c’est non seulement le moyen de faire
ressortir les aspects contradictoires, mais c’est surtout une
façon de s’intéresser plus particulièrement
aux frontières des phénomènes, ces entre-deux
d’où peuvent émerger de nouvelles dynamiques. Pas
de savoir fini donc, pas de domaine définitivement clos, mais
une approche ouvrant sur ce qui peut advenir.
A travers la schématisation proposée, il ne s’agit
pas tant de représenter le phénomène en lui-même que de situer les problématiques et de faire
ressortir les enjeux plutôt que le processus.
• Dans un premier temps nous évoquerons les trois entités bien concrètes que sont : l'auteur, l'objet
audiovisuel et le spectateur et qui constituent les
trois pôles de base de toute communication audiovisuelle.
• Puis nous traiterons des trois principaux champs qui interfèrent avec la triade de base et que nous appelons
champs d’interférence (techniques, langages, représentations).
• Nous aborderons ensuite succinctement la question des
contextes dans lesquels situer chacun des trois pôles et nous évoquerons les trois
dérives le plus fréquemment rencontrées
• Nous terminerons en évoquant
les variantes possibles à cette schématisation.
Limites des principaux modèles linéaires
• Le modèle cybernéticien
La représentation qui est sans doute la plus vulgarisée
aujourd’hui, provient des
premières définitions de la communication,
elles-mêmes issues de la Théorie
mathématique de la communication de Claude Shannon et Warren
Weaver parue en 1949 (1). Ces définitions seront par la
suite précisées et aboutiront à ce que l’on
a coutume d’appeler le schéma
canonique de la communication. C’est le schéma
Emetteur-Canal-Récepteur.
Utilisé à tous propos (2), nous pensons que ce schéma a conduit, et continue de mener, à des
simplifications du processus de communication qui, loin d’être opérantes, nous semblent, au
contraire, profondément réductrices, même si, pour répondre aux reproches faits par les
psychosociologues de ne pas tenir compte de l’interaction exercée par le récepteur, la notion de
rétroaction (feed-back) y fut introduite.
Ce que nous pouvons reprocher au modèle issu de la pensée cybernéticienne, tient pour une part
à la non prise en compte du contenu sémantique des messages et des interactions entre les différents
pôles de la communication avec l’environnement socio-économico-culturel. Mais la critique principale que
nous en ferons, porte sur la notion de bruit, envisagée sous l’aspect de la déperdition d’un contenu.
Philippe Breton a montré comment cette notion constituait une
philosophie de substitution aux idéologies traditionnelles
(église, armée, communisme,
capitalisme, fascisme) alors considérées comme fauteuses
de division, de conflit, de désordre. Dans cette
utopie d’un «ordre communicationnel», tout pourrait
s’interpréter en termes de
communication et d’information. L’être tout entier
serait constitué d’informations,
«sans reste». Dès lors, l’ennemi abstrait et
symbolique de
l’idéal cybernéticien serait le bruit source de
désordre
(d’»entropie») et la clé de voûte de la
communication moderne passerait par la
suppression de l’intériorité dans les
représentations de l’homme. (3)
Cette notion de bruit, même si elle n’est pas toujours
explicitée, est omniprésente
aujourd’hui dans les technologies infographiques et
multimédia. Elle traverse pour une large part
également la communication audiovisuelle et bon nombre de
nouvelles formes de représentation se fondent implicitement
sur cette recherche d’une communication sans
altérité.
Par ailleurs, un simple raisonnement logique nous montre que ce
schéma, en plus de sa linéarité, est
fondamentalement hiérarchique puisque la notion de bruit ne peut
être qualifiée que du seul point de vue de
l’émetteur.
Comment, en effet, et surtout qui peut
apprécier ce qu’est une perte dans un processus de
communication ?
Soit l’observateur porte son observation sur
le message ; dans ce cas là, il se trouve lui-même en
position de récepteur ; il n’est donc pas en mesure
d’évaluer ce qu’il n’aurait
pas reçu. Soit l'observateur cherche à savoir ce que le premier récepteur
a reçu. Dans ce deuxième cas, il se trouve dans une position de réception de second niveau et ne peut donc
pas, à plus forte raison, apprécier ce qui dans la
communication se serait «perdu». S’il
s'agit d’un observateur interne au processus de communication, ce
ne peut être, pour les mêmes raisons que nous
venons d’évoquer, que l’émetteur
lui-même.)
Quant aux boucles de rétroaction introduites
ultérieurement, elles ne changent pas ce rôle
dominant de l’émetteur, elles ne font au contraire que le
renforcer dans la mesure où elles situent
alternativement l’émetteur dans des positions
d’émission et d’évaluation.
Cet aspect directif et hiérarchique du modèle n’est
pas un moindre paradoxe puisque
l’idéologie des fondateurs du modèle
cybernétique se voulait profondément
égalitariste, voire anarchisante.
• Le modèle de Laswell
Harold D. Lasswell (1948) avec sa formule elle aussi restée
célèbre des 5 W: «Qui, dit quoi, par
quel canal, à qui, avec quels effets» a eu le
mérite de poser le premier la question du contenu et surtout
des effets de la communication. Dotant la sociologie fonctionnaliste
des médias d’un cadre structurel, cette
formulation permit aussi le découpage institutionnel des
secteurs de recherche et surtout elle posa les bases du
contrôle des effets de la communication. Ce qui a fait dire
à Paul Attallah (4) que le fonctionnalisme consiste
à contribuer au contrôle social tout en
prétendant contribuer à la liberté
individuelle.
• Le modèle linguistique de Jakobson
Vers 1960, le linguiste Roman Jakobson a proposé un
schéma (lui aussi largement répandu dans les milieux éducatifs, mais à un degré
moindre toutefois que celui de Shannon et Weaver) qui définit six fonctions : quatre entre le destinateur et le
destinataire (référentielle, phatique, métalinguistique, poétique) et deux propres au
destinateur (expressive) et au destinataire (conative).
_______
(1) SHANNON (Claude), WIEVER (Warren), La théorie mathématique de la communication, Paris, CEPL, 1975 pour l’édition française.
(2) En particulier dans le milieu enseignant ainsi que parmi les professionnels de la communication.
(3) BRETON (Philippe), L’utopie de la communication, Paris, La découverte, 1992.
(4) ATTALLAH (Paul), Théorie de la communication, histoire, contexte, pouvoir, Montréal, Presses universitaires du Québec, 1989.
Les trois pôles de base
Ils sont constitués par les trois entités concrètes que sont :
l'auteur, l'image et le
spectateur.
Si nous retrouvons, dans cette triade de base, quelque chose de
comparable au schéma canonique de la communication, la différence essentielle que nous voulons
introduire tient à la volonté de ne pas réduire le
phénomène à quelque chose de linéaire (et
prédéterminé dans le cheminement d'un pseudo
"message") mais au contraire à prendre en compte les multiples
relations complexes qui s'établissent entre ces trois
pôles.
Une
représentation sous forme de triangle nous semble
une différence essentielle,
dans la mesure où nous pouvons ainsi faire ressortir une liaison
entre auteur et spectateur nous permettant de signifier qu’il
existe entre ces deux pôles des relations qui ne passent pas
obligatoirement par le "message".
Schématisation de base
de la communication
audiovisuelle
Par ailleurs les mots utilisés pour nommer chacun
de ces trois pôles s’avèrent être un autre
élément important de différenciation. Emetteur,
message, récepteur voilà des mots par trop liés au
modèle télégraphiste dont ils sont issus.
Il n’existe malheureusement pas de termes ayant un
caractère suffisamment général pour les remplacer
dans toutes les situations. C’est pourquoi les appellations
proposées ici ne le sont qu’à titre explicatif.
Selon les situations il conviendra donc d’utiliser les termes les mieux appropriés.
(Par exemple, pour un film de cinéma vu en salle, il sera
infiniment plus pertinent de parler de la triade :
réalisateur-film-spectateur.) Cette remarque est d’autant
plus valable en pédagogie dans la mesure où au
delà des mots ce sont surtout les représentations qui y
sont rattachées qu’il convient de mettre à jour.
Examinons plus précisément ce que chacun de ces trois
pôles recouvre.
• Le pôle auteur
Autres termes possibles : énonciateur, réalisateur, photographe,
présentateur, émetteur, instance énonciatrice...
Nous aurions pu tout aussi bien utiliser le terme d’énonciateur. Si nous avons choisi de parler
d’
auteur
c’est parce qu’il nous semble que ce terme renvoie
davantage à un individu considéré dans sa
personnalité toute entière et qu’il est toujours
utile de souligner que derrière chaque image ou chaque
récit audiovisuel il y a toujours de la subjectivité. Le
terme d’auteur doit malgré cela être entendu au sens
large. Un auteur ce n’est pas seulement celui qui est à
l’origine de l’énoncé, qui réalise
matériellement le message ou qui produit du contenu, c’est
aussi celui qui manie un langage, des représentations, de
l’idéologie...
Le terme d’énonciateur pourra être utilisé
lorsque cette fonction est assurée par plusieurs individus
(comme pour une émission télévisée) on
pourra même parler à ce propos d’
instance énonciatrice.
Nb : dans les variantes de représentation nous ferons une distinction entre auteur et producteur.
• Le pôle image
Autres termes possibles : œuvre, énoncé audiovisuel, récit
audiovisuel, produit audiovisuel, film, vidéo, magazine, émission, documentaire, photographie...
Si, pour simplifier l’écriture, nous avons retenu le mot
image, celui-ci doit être entendu comme désignant un
produit audiovisuel contenant au moins une image. Bien entendu les
autres matériaux propres à la construction audiovisuelle
sont concernés par cette appellation (1). Il s’agit en
fait, et les différents termes proposés vont dans ce
sens, de désigner l’
objet
qui s’interpose entre un auteur et un spectateur. Il s’agit
bien à ce niveau d’un produit réel, qui suppose un
support lié à une technique et qui caractérise
toute situation de communication médiatisé.
L’expression “énoncé audiovisuel“
pourra être utilisée, à condition toutefois de ne
pas limiter le sens d’“énoncé“ au seul
propos développé mais d’inclure sous ce vocable
l’ensemble des différents matériaux visuels et
sonores qui le constitue.
Par ailleurs, et d’une façon générale, nous
utiliserons le terme de “film“ pour désigner une
production audiovisuelle (cinématographique,
télévisuelle, vidéographique...) en tant
qu’objet bien délimité, construit, fini, ayant fait
l’objet d’un montage (direct ou indirect) et
généralement produit dans un contexte collectif.
(1) La construction audiovisuelle emprunte cinq matériaux de
base, deux visuels (image et écrit) et trois sonores (paroles, musiques, bruits). L’image pouvant être
fixe ou animée. Pour le cinéma et d’une façon plus générale on peut dire pour
l’audiovisuel, la présence d’images est
définitoire. C’est-à-dire qu’il peut exister des films sans paroles, sans bruits, sans
musique et sans écrit, mais pas sans image.
• Le pôle spectateur
Autres termes possibles : récepteur, téléspectateurs, public...
Face à l’image, le mot de “spectateur“
apparaît comme le plus approprié pour désigner ce
troisième pôle, car dans sa définition il
désigne tout autant la personne qui assiste à un
spectacle que celle qui est le témoin oculaire d’un
événement, d’une action,
c’est-à-dire de quelque chose qui attire le regard.
Par spectateur nous entendons l’individu chargé de sa
subjectivité, exerçant une activité de
réception et protagoniste du phénomène de la
communication.
Le terme de récepteur peut également être
utilisé d’une façon générale,
toutefois il peut parfois laisser croire à une attitude passive
de réception d’un énoncé (comme on
reçoit une lettre). Or nous savons que bien d’autres
aspects que le strict énoncé entrent en jeu dans la
communication. C’est d’ailleurs le pourquoi de cette triade
et en particulier de la liaison auteur-spectateur. Il sera
néanmoins judicieux de prendre en compte l’
activité de réception et de considérer le spectateur comme un
individu placé dans un
contexte de réception.
Les trois pôles définis ci-dessus, constituent la base de
l’échange en communication audiovisuelle. Ils sont
concrets et facilement identifiables. Néanmoins à eux
seuls ils ne nous permettent pas de poser toute la problématique
mise en jeu. D’autres aspects sont déterminants. Ce sont
tout d’abord les
champs d’interférence
que sont les techniques, les langages, les représentations. Ce
sera ensuite le contexte qui entoure chacun de ces pôles.
Les champs d'interférence
Les trois principaux champs transversaux qui nous semblent
interférer le plus profondément sur le processus de
la communication audiovisuelle sont : la
technique, les
représentations individuelles et sociales, le
langage.
Evoquons chacun d’entre-eux succinctement.
La
notion de champ doit être entendue au sens ou Bourdieu l’entendait.
Par analogie avec un champ magnétique, c’est un espace où des forces agissent à des
degrés divers sur un objet et qui n’apparaissent pas en tant que telles mais qui sont
révélées à travers les actions qu’elles exercent sur l’objet.
Une
interférence désigne des actions ou des phénomènes qui viennent se mêler
en se
renforçant ou en se
contrariant. Cette
double caractéristique rend ce terme particulièrement
approprié pour souligner les
effets contradictoires et dialectiques des phénomènes qui
déterminent la communication. Trop souvent
présentés comme un
facteur facilitant la communication, la technique par exemple, peut
tout autant la desservir.
Dans
Penser la communication (Paris, Flammarion, 1997), Dominique Wolton retient trois dimensions pour qualifier la communication :
technique, culturelle et sociale.
Ce sont là trois dimensions à la fois proches et
différentes de celles que nous avons retenues. La dimension
sociale de la communication sera bien évidement présente
lorsque nous traiterons des contextes. Par
ailleurs, il nous semble que, en matière de communication
audiovisuelle, il est important de faire ressortir ce qui la distingue
de la communication en général et de la communication
verbale en particulier. Cette différence
réside selon nous d’une part en l’utilisation de
langages autres que celui de la langue et
d’autre part en l’importance de l’imagerie mentale
dans tout travail sur l’image.
• La technologie
A la différence de la communication interpersonnelle orale ou
écrite, la communication audiovisuelle
suppose toujours l’existence conjointe d’objets techniques,
de procédés, de processus, de circuits, de finances... Au
delà de la technologie proprement dite, nous rangeons sous ce
terme ce qui appartient à la production, et d’une
façon plus générale encore nous pouvons
définir ce champ comme étant celui où entrent en
jeu les aspects technico-économiques.
La caractéristique commune à l’ensemble des
techniques de représentation de l’image est d’avoir
été, pour chacune d’entre-elles, doublement
investie : dans le champ de l’expression et de la création
artistique d’une part et dans le champ économique
d’autre part. Ce conflit dialectique entre des attentes
communicationnelles et expressives d’un côté,
consuméristes et de recherche de profit de l’autre est au
cœur de toute l’évolution des technologies de
l’image et d’une façon plus générale
encore de celle des
industries culturelles.
L’invention de la photographie a été officiellement
annoncée le 19 août 1839 à Paris, devant l’Académie des Sciences et
l’Académie des Beaux Arts solennellement réunies, sous la forme d’un
daguerréotype. Mais la plus ancienne photographie connue fut réalisée (sans doute en 1826) par
Nicéphore Niépce. En fait, le procédé mis au point par Louis Daguerre est
né de la rencontre qu’il fit avec Nicéphore Niépce en 1827. Niépce
était physicien-chimiste et Daguerre était peintre. La photographie dès sa naissance affirma donc sa
double originalité en tant que procédé
technique et procédé artistique.
Mais la photographie ne prit son essor véritable
qu’après l’invention du négatif (calotype)
par l’anglais Talbot en
1841. Alors que les inventions précédentes
limitaient l’objet
photographique à un seul exemplaire, le négatif allait
permettre la reproduction multiple et répondait ainsi
aux attentes du système capitaliste en plein
développement qui étendait son industrialisation
de la production aux biens de consommation jusqu’alors produits
dans un cadre artisanal. La carte postale
représente sans doute le premier produit type
d’objet culturel visuel industrialisé.
• Le langage
Il ne peut y avoir processus de communication audiovisuelle sans l’existence de
règles d’écriture et de lecture,
que celles-ci soient implicites ou explicites, qu’elles aient
été forgées par l’apprentissage ou par
l’accumulation de pratiques de lecture... Ce champ du langage
doit être compris au sens le plus large possible,
c’est-à-dire que nous entendons sous ce terme aussi bien
le contenu que l’expression, l’aspect sémantique
tout autant que les formes esthétiques. C’est le champ
couvert par la sémiologie et les sciences de l’art et de
la représentation.
Notons que, à l’apparition de chaque nouvelle technique,
c’est en empruntant aux formes langagières
antérieures qu’un langage spécifique apparaît
pour ensuite évoluer en intégrant les
caractéristiques liées à la technique
concernée. Toutefois cette évolution n’est pas
uniforme, ni linéaire et encore moins automatique. D’une
façon générale, nous pouvons dire que
l’évolution des formes langagières se situe dans
une dialectique reproduction/détachement par rapport aux formes
antérieures.
• Les représentations
La communication en général et la
communication audiovisuelle en particulier, se fondent sur des
représentations mentales que celles-ci soient individuelles ou
sociales (1) : représentations de la
réalité, de l’imaginaire social... Le domaine des
représentations est le lieu où s’exercent
consciemment ou inconsciemment de l’idéologie, des
concepts, des idées... C’est d’une façon
générale tout ce qui pourrait être couvert par le
champ de la psychosociologie.
Si nous avons choisi de traiter des représentations dans un
distinctement du contexte socio-culturel (que nous évoquerons
ci-après), c’est parce qu’il nous semble que le
fonctionnement même de l’image et la place que
l’analogie occupe dans la réception des messages visuels
ont de profonds rapports avec les images mentales que sont les
représentations.
Les représentations individuelles
Elles sont construites à partir des activités cognitives propres à chaque individu et dans
lesquelles interviennent : le savoir (connaissance formelle), la culture (connaissance informelle), l’expérience
psychologique et affective...
Les représentations sociales
Concernant l’image en particulier, différents
degrés de prégnance peuvent être
repérés dans les représentations sociales. Des
plus enfouies aux plus éphémères on peut trouver :
- Les mythographies (2)
- Les stéréotypes
- Les modes
- les représentations liées à l’actualité proche
________
(1) Une représentation mentale est une entité de
nature cognitive reflétant, dans le système mental d’un individu, une fraction de l’univers
extérieur à ce système.
Une représentation sociale est une vision de la
réalité commune à un ensemble social
(groupe, classe...) ou culturel donné. D’après le
Grand dictionnaire de la psychologie, Paris, Larousse, 1991.
(2) Mythographies au sens où Frédéric Lambert les entend. C’est-à-dire comme des
éléments qui trouvent leurs origines au plus profond de l’histoire des représentations.
LAMBERT (Frédéric),
Mythographies, La photo de presse et ses légendes, Paris, Edilig, 1986.
Les contextes
Pris isolément chacun des trois pôles de la communication
n’aurait guère de sens s’il n’était pas
situé dans un contexte. Par contexte nous entendons
l’ensemble des phénomènes, valeurs et circonstances
matérielles qui entourent la communication. Faut-il parler alors
d’un ou de plusieurs contextes ? Une des caractéristiques
de la communication médiatisée est de pouvoir dissocier
le temps de l’énonciation de celui de la réception.
Il nous semble donc plus judicieux d’évoquer plusieurs
contextes (la singularité pouvant être
réservée à des situations particulières).
Le contexte doit donc être apprécié pour chacune
des relations pôle à pôle.
La prise en compte du (des) contexte (s) est ce qui invalide
principalement le modèle linéaire du petit
télégraphiste. En effet et contrairement aux machines
informatives, même si celles-ci peuvent brasser de grandes
quantités de données, la communication humaine
n’est jamais isolée.Elle est insérée dans un
univers de relations sociales et culturelles qui conditionne les
fondements même de la communication. Volontairement ou non,
consciemment ou non, toute communication se trouve en
interférence avec l’infinie complexité des
données qui l’entourent et chaque communication constitue,
à son tour, une donnée de cet environnement. En regard du
contexte donc, chaque acte de communication peut se trouver
amplifié ou réduit, déprécié ou
sublimé, mis en avant ou occulté... et ceci
d’autant plus fortement dans le cas de l’utilisation
d’un média.
En photographie, par exemple, on voit bien que le raisonnement
en terme d’émetteur, de récepteur, de bruit, de feed-back... est
absurde. Il y a mille raisons de faire une photographie, il y a mille
façons de la faire et il y a mille façons de la regarder. Selon les
contextes de références la démarche d’analyse de la construction du
sens sera conduite de manière différente. Voilà une évidence qui est
souvent mise implicitement en pratique, mais que l’on oublie aussitôt
lorsqu’on cherche à y apposer la formule de Laswell “qui ; dit quoi ; à
qui ; comment ; avec quels effets“.
Le célèbre préhistorien André
Leroi-Gourhan raconte dans Les racines du monde (Paris,
BelfoLnd, 1982), comment il fut fortement marqué par les
cours de Marcel Mauss, alors professeur à
l’école des Hautes Etudes.
“Son discours était tout en articulation et en
élasticité. La plupart de ses phrases finissaient
sur le vide, mais c’était un vide qui donnait
à construire”; Il était impossible
d’établir un contenu réel du cours.
Chaque tentative de reconstruction, même entre plusieurs
élèves, s’avérait toujours
vaine tant les divergences sur ce que chacun avait perçu du
cours étaient profondes. “Nous ne sommes jamais
arrivés à construire quelque chose de
cohérent, parce que c’était trop riche
et cela se terminait toujours sur l’horizon.” ...
Mauss et ses discours emmêlés
(l’anti-modèle du “bien
communiquer“ d’aujourd’hui) a pourtant
suscité beaucoup de vocations parmi ses
élèves. Citons les plus
célèbres : André Leroi-Gourhan, Pierre
Francastel, Claude Levi-Strauss, Michel Leiris,...
• Le contexte de production
C’est tout ce qui entoure et concerne la relation entre le pôle auteur et le pôle image.
Quelle est la posture de l’énonciateur (professionnel,
amateur, quelle fonction il se donne : artiste, reporter, faciliteur de communication...) ; quel type de démarche
(désintéressée, mercantile...) ; quel point de vue
identitaire et idéologique (ou nom de quoi l’auteur agit)
; quelle visée communicationnelle (divertissement, savoir, culture, expression...) ; ...
Dans quel environnement socio-économique se passe la production
; quels moyens humains et financiers sont mobilisés ; ...
En quoi l’histoire du média concerné et des autres
médias environnants interfère sur la construction de
l’image...
• Le contexte de réception
C’est tout ce qui entoure et concerne la relation entre le pôle image et le pôle spectateur.
Quels modes de réception (individuel, collectif) ; quel lieux (spécifiques, privés...) ; quelles
posture de réception (dilettante, appliquée, passionnée...) ; quelle forme (exposition, spectacle en salle,
écran vidéo...) ; quels temps (direct, différé...) ; quelle durée, ; quelle forme
de captation du regard ; quel mode de fonctionnement (seul, en accompagnement...)...
Comment s’est faite l’information sur l’objet de
communication (presse spécialisée, autopromotion,
environnement professionnel ou scolaire, amis, cercle familial...) ...
En quoi l’histoire du média concerné et des autres
médias environnants interfère sur la réception de
l’image...
• Le contexte socio-culturel
C’est tout ce qui entoure et concerne la relation entre le pôle auteur et le pôle spectateur.
Auteur et spectateur partagent un certain nombre de données
sociales et culturelles communes sans lesquelles la communication
audiovisuelle ne pourrait exister. Lorsque nous regardons un film, par
exemple, la connaissance que nous pouvons avoir de son auteur, de son
parcours, de son œuvre..., n’est pas sans influencer notre
réception du film. Certaines clés de lecture ne peuvent
parfois fonctionner que grâce à ce savoir extra-textuel.
L’histoire enfin, peut être rangée dans ce contexte.
Il n’existe pas de données immuables et de signification
profonde hors de l’histoire. Trop souvent par le passé,
notamment dans l’analyse sémiologique, cette dimension
était absente.
L’importance que nous pouvons accorder à ce contexte est
à la fois cause et conséquence de la liaison que nous
avons établie entre auteur et spectateur. Rappelons une nouvelle
fois la particularité de cette schématisation
non-linéaire de la communication audiovisuelle qui signifie que
toute la construction du sens ne passe pas obligatoirement par
l’objet-image, mais emprunte de multiples chemins dont le
contexte socio-culturel est un déterminant fort.
Citons aussi à ce propos les notions de
contexte riche et
contexte pauvre qu’a pu développer Edward T. Hall.
Schématisation
La schématisation proposée ci-dessus rassemble les différents
éléments que nous venons d’évoquer. A partir de ce schéma de base nous
allons maintenant pouvoir pointer certaines dérives que nous avons
observées, nous proposerons ensuite une variante de représentation pour
traiter de la communication audiovisuelle de masse.
Dérives
Comme nous l’évoquions au début, la
schématisation proposée vise essentiellement à
asseoir une problématique de la communication par l’image
et l’audiovisuel. Cela veut dire que, lors de
l’étude où de l’analyse d’un aspect
quelconque de la communication, tout ou partie de l’ensemble des
éléments exposés peut être pris en
considération.
Il ne s’agit pas de rechercher à
chaque instant tous les liens que tous ces éléments
tissent entre eux. Il s’agit, au contraire, de faire des choix
éclairés, de décider pour chaque situation de
travail de ce qui est le plus déterminant ou opportun en prenant
pleinement conscience des impasses que l’on est amené
à effectuer et des aspects que l’on passe
momentanément sous silence pour approfondir davantage tel ou tel
autre. Tout au contraire donc du réductionnisme qui consiste lui
à vouloir expliquer, à partir d’un aspect
particulier, une relation complexe qui le dépasse.
La non prise en compte de la multidimentionnalité de la
communication audiovisuelle conduit parfois à des dérives
dont nous voulons rappeler ici les principaux types.
• Centrée sur l’image
la dérive immanentiste
Une des dérives les plus importantes est de considérer que
l’image serait en elle-même porteuse de sens. Coupée de ses origines et
de l’interprétation propre du récepteur, ce sont les seuls constituants
de l’image qui seraient en quelque sorte les dépositaires de la
signification.
Ce caractère immanent de la construction du sens tient sans doute à une
certaine interprétation de la sémiologie “pure et dure“ qui a vu le
jour à la fin des années 60.
Toutefois faire dire à l’image ce qu’elle ne dit pas est une dérive
largement répandue en dehors même de toute posture sémiologique.
(Rappelons-nous les images du “charnier de Timisoara“).
• Centrée sur le spectateur
la dérive fonctionnaliste
Prenant le contre-pied des approches sémiologiques, beaucoup de
travaux de recherche se sont déplacés ces dernières décennies du côté
de la réception, avec des dérives en tout point
comparables, il nous semble, à celles qui étaient
reprochées à la sémiologie.
Considérer le récepteur comme étant le lieu principal de la production
du sens, c’est passer sous silence à la fois la notion de culture,
d’œuvre et de création. Fortement inspirés des approches
“fonctionnaliste“, beaucoup de travaux sur la réception se limitent,
selon nous, à une description de l’existant sans mettre à jour la
question des contenus, des valeurs, des langages, des représentations,
des idéologies...
L’empirisme du fonctionnement des grands médias audiovisuels aidant,
ces travaux apparaissent en dernier ressort, comme l’outil idéologique
du marché des industries de la communication.
• Centrée sur l’auteur
la dérive créationniste
A un degré moindre, le centrement sur l’auteur est le troisième
type de dérive rencontré le plus souvent dans les milieux artistiques
de la production photographique ou cinématographique.
Rejetant pour une large part toute approche de l’image de type
sémiologique et rejetant plus encore toute notion
d’attente d’un public, ce type de dérive fait de la seule
personnalité de l’auteur, le fondement de la création. L’expression
n’est analysée que relativement aux autres créations de l’auteur ou à
d’autres auteurs. C’est ce que l’on pourrait appeler une dérive
créationniste, pensée en termes d’école, de maître ou
d’élèves, avec en arrière-fond une sorte de culte
du don de la création.
Ainsi donc l’isolement d’un des pôles
peut nous conduire aux trois type de dérives :
dérive immanentiste, dérive fonctionnaliste et
dérive créationniste.
Il est donc nécessaire, dans l’étude des
phénomènes de communication audiovisuelle de
reconsidérer les trois pôles de la communication comme
étant un ensemble fonctionnant dans une intrication complexe et
d’examiner chacune des liaisons entre les pôles sous
l’angle d’une opposition dialectique (voir texte
"Dialectiques de l'image").
Variantes de représentation
Schématisation
de la communication audiovisuelle pour les médias de masse
Dans la continuité logique de la triade de base, nous proposons
d’inclure un pôle supplémentaire
lorsqu’il sera nécessaire, pour les besoins de
l’analyse par exemple, de distinguer l’auteur de ce que
Schaeffer appelle le médiateur et que dans notre logique nous
préférons appeler “instance de
médiation“. Cette dernière appellation nous permet
en effet de mieux traduire la complexité de ce pôle, alors
que le qualificatif de médiateur renvoie trop à un
individu positionné entre les deux autres pôles. Or il
nous semble que chacun des pôles peut être
considéré comme se situant entre les deux
autres. C’est bien là l’avantage d’une
représentation triangulée.
Pour les besoins d’un travail analytique portant sur un ou plusieurs aspects de telle ou telle communication
médiatisée, il est alors possible de décliner, à partir de ce tétraèdre : 4 triades
de bases et 6 relations duales.
Les appellations de chacun des quatre pôles doivent elles aussi
être adaptées aux situations étudiées. Il ne
s’agit pas d’avoir une attitude figée sur les mots,
comme c’est bien souvent le cas dans les approches de ce type,
mais de représenter, c’est-à-dire de créer
un outil d’interprétation et d’analyse.
• La triade : auteur, image, spectateur
C’est la triade de base que l’on retrouve.
Elle nous semble fondamentale dans la mesure où elle affiche la
relation particulière qui s’établit entre deux
individus par le biais d’un objet support de la communication.
Comme précédemment, c'est le fondement même de la communication audiovisuelle qui est ainsi représenté.
• La triade : auteur, instance de médiation, spectateur
Cette triade aura une certaine pertinence lorsqu’il
s’agira, par exemple, de travailler sur les grands médias,
indépendamment du type ou du contenu du produit proposé.
Elle met l’accent sur la dimension économique et
sociale de la communication médiatisée.
• La triade : spectateur, image, instance de médiation
Cette représentation pourra trouver son utilité sur des questions d’audience, de sondage,
d’offre de produits ou de programmation des chaînes
télévisuelle.
C’est la relation produit, producteur, “client“ qui est mis en avant dans cette optique.
Nous sommes, avec cette triade, plus particulièrement dans
la problématique de la réception.
• La triade : instance de médiation, image, auteur
Cette triade pourra s’appliquer à tout ce qui
à trait au processus de réalisation considéré dans la triple relation qui
s’établit entre producteur, auteur et œuvre.
Qu’il s’agisse de film, de reportage
télévisé ou d’émission de
variétés, cette quatrième figure, souligne les
liens existants au niveau de la production entre les aspects technique,
esthétique et économique.